Olivier PLAGNES


Olivier Plagnes est né à Rodez (Aveyron) en 1975. Ancien étudiant en arts plastiques à la faculté de Toulouse Le Mirail, il partage désormais son temps entre le dessin et l'écriture de romans.

Après avoir longuement fait ses premières armes en BD, il a gagné en maturité et il a désormais trouvé son style.

Après une première BD imprimée chez YIL éditions, "Le goût du noir", il a sorti "Le cyclope", marqué par sa patte et sa signature très philosophique, tout autant en matière de romans que de bande dessinée. Vient ensuite un recueil de dessins d'humour sur la religion, où il renoue avec plus de légèreté. Trois BD, donc, ainsi que six livres pour enfants à l'illustration, avec Eve Abad au scénario, dans la collection “Contes Nature”.

En ce qui concerne la littérature, Olivier Plagnes a actuellement écrit 24 romans, dont douze ont passé le cap de l'impression.


Arômes de clope est un pavé de 500 pages autour de la cigarette et d’un amour impossible.



Les 7 péchés capitaux parle du corps et de ses envies.


Ce jour-là j’ai mouru évoque une fillette qui a perdu la parole suite à un traumatisme et sa quête afin de la retrouver.


L’œil du cyclope

… Et puis, elle passa sous la table. Alors que jusque-là elle me faisait face. Je décomposai son mouvement, alors qu’il se faisait lent, plus encore dans la perception que j’en avais. Mon cœur fit un bond, troublé, je lui demandai si elle avait perdu quelque chose. Sa tête réapparut. Puis un monologue souriant, les yeux pétillaient, une légère moue, vaguement embarrassée. Elle cita le texte d’une de ses chansons «On perd toujours quelque chose. La preuve, le texte d’une de mes chansons». Et puis«Vive l’automne, frileux comme une veste mal appropriée. J’ai perdu un bras en cours de route, me dit mon séquoia préféré. Et moi mon amour-propre, lui rétorquai-je alors»...


Désirs compromis

J’étais heureux. Le plus heureux des hommes, mais cette pensée se perd à trop être évoquée. Il faut le faire juste un peu, avec parcimonie. Ne surtout pas épuiser nos bonheurs. Autrement ils finissent par se perdre. Ils finissent par ne plus avoir de sens.

Non au lieu de ça on devait se montrer avaricieux. Ainsi on était le pêcheur chanceux qui jubilait sur sa barque lorsque la prise s’était révélée plus importante, et puis qu’est-ce qu’on connaissait des hommes. On n’était pas dans leurs bonheurs, il était plus juste de dire que l’on n’avait jamais été autant heureux, peut-être que la capacité des autres au bonheur était plus vaste. Le bonheur parfait pour soi n’était déjà pas si mal.


L’amour monnayé

C’est ainsi, l’abîme de l’être, c’est lorsqu’il se livrait. Là se révélait sa profondeur, le giron accueillant; on y avait logé la profusion. J’étais amoureux, parce qu’elle m’avait donné des raisons. Elle l’avait appelé, son cri lancinant avait résonné dans mes oreilles. J’avais été ce butoir contre lequel il s’était épuisé, n’en restait plus que le bourdonnement lancinant dans mon crâne; ce bruissement, le feulement sourd de l’âme. Le râle de l’esprit.


Plus qu’une étoile

… A ses côtés, j’étais transporté, je mentais, j’étais fou d’elle. Je me satisfaisais que l’on ait discuté, la séduction était montée. J’aimais ce qu’elle était, son tout. La conversation avait accrédité l’acte, elle l’avait appelé. Tout ça était devenu nécessaire, on l’avait amené, ancré, dans chaque parole, chaque geste. Je me sentais l’âme romantique. Oui, je l’aimais. Je m’en cachais, par pudeur, par peur de me déposséder. Je voulais m’aimer moi à travers elle ; il y avait de ça, mais avant tout, je ressentais cette ferveur. Je lui dédiais ce que j’étais ; elle l’avait réclamé, c’était mon droit d’entrée. Je lui léguais ma lumière, celle qu’elle avait entrevue. Les étoiles parlent aux étoiles. Elles scintillent, mais c’est un long discours. De concert, elles s’énoncent. La vraie relation, la plus idéale était ce chatoiement respectueux, dans l’égard et la tendresse, puis la lascivité.


L’acteur né

J’avais rêvé que Woody Allen voulait me prendre dans sa prochaine comédie, moi, et une actrice que je ne connaissais que de nom et de ses films que j’avais pu voir. Parés de séduction, ils savaient vous flatter; médiocres, vous les auriez à peine remarqués. Cependant, ils vous offraient le monde, une réponse à vos chimères. L’utopie du rêve, ce n’est jamais que lorsqu’il s’installe. C’était dans la prégnance qu’il nous offre son abondance. Lorsqu’il vous caressait, se faisait louange, une ode au bien-être. Les songes lorsqu’ils vous courtisent vous offrent un bonheur récalcitrant; vous aviez entrevu leur beauté, elle s’accrochait irrémédiablement à vous. Ainsi emmailloté de plaisir, vous vous lanciez dans ce jour dont vous vous étiez arrogé un doux présage.


Le sursis

Puis, je rentrai à l’hôtel en taxi. Je lui dis de me déposer non loin, j’avais envie de marcher un peu. L’hôtel était situé en un endroit assez touristique, où la misère était moindre. Un des grands centres névralgiques, on y cache la pauvreté, là où elle semble omniprésente ailleurs. On s’efforce de séduire un client qui de manière générale ne veut pas la voir, il veut s’adonner à la contemplation du beau, du faste des temples et des bâtiments de son histoire ancienne. S’adonner à la vision des palais, croit voir le Taj Mahal en tous lieux; au bout du chemin qu’il s’efforce de suivre, ses espoirs sont mis à mal. Mais cette pérégrination poursuit un but, avec force et patience on parvient à sa fin.


La partition du temps

On est par nos éminences, par ce qui compte. Nous oublierions le plaisir, dans ce qu’il pouvait avoir de fugace; il se devait de s’étirer un peu, parvenir enrobé. Le bien-être nous offre davantage. Il a l’amplitude, la profusion de ce qui dure. A posteriori, avec lui, notre vie en deviendra satisfaisante, et l’œil que nous poserons sur elle nous comblera. Le plaisir se résumera juste à quelques instants, perdus dans la continuité. Et cependant ils avaient compté. L’être sortait grandi de ce qui l’aura imprégné, quand cela aura été suffisamment dans le tapage.


La prédiction

Nostradamus nous parlait-il de religion, celle qui apparaissait dans toute sa pureté? Décantée et virginale. Nous évoquait-il l’abrégé du monde, là où la bible catholique se basait sur des métaphores et des figures allégoriques, mais avait à l’époque où elle était née un caractère doctrinal et inaltérable? Certes, les Centuries aussi avaient leur langage sibyllin. On avait dit qu’il était obscur parce qu’inspiré. Mais il y avait quelque chose d’assumé dans l’œuvre nostradamienne. Elle possédait son imagerie en toute conscience, pour son pouvoir évocateur. Elle savait sa déferlante de symbolismes comme de faits de guerre, d’allégories, d’exagérations catastrophiques, mais appelait à ce qu’on ne la prenne pas au sérieux.


Du noir sur le pinceau

Il y a une fraîcheur dans un dessin d’enfant. Prenez un Basquiat, voilà ce qu’il vous évoquera. Des espaces qui paraissent laissés au hasard, des couleurs vives. Un enfant doué aurait pu faire cela. Lâcher prise.

Dans notre jeune-âge, nous avions cette propension à nous dire sans fard, nous ne connaissions pas les limites. Nous peignions par pur plaisir, et parce que quelque chose nous y avait amené. Nous connaissions déjà la nécessité de nous narrer. Elle était larvaire, mais la délivrance advenait tôt. L’enfant était un poète.


La zoreil

L’amour est dans le tohu-bohu. Ce qui est dans l’immensité, nous ne pouvions l’ignorer. Elle s’érigeait, manifeste. Elle se postait devant vous, vous imprégnant, engageant le dialogue. Celui-ci vous perd. Tant d’ampleur est vouée à vous égarer. Vous souffriez de trop de bien-être, que le plaisir vous ignore. L’acte de chérir lorsqu’il était révolu, vous amenait du sang et des larmes. Les hommes souffraient d’avoir trop aimé.    


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